Mondes Post-Capitalistes. Rencontre avec Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre
Il est temps de rouvrir le futur et de faire mentir l’adage selon lequel serait plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme
Le 16 avril à 19h, nous avons le plaisir d’accueillir Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre pour une discussion autour de l’ouvrage Mondes post-capitalistes, paru à La Découverte sous leur direction.
Conçu comme un exercice spéculatif d’enquête collective face aux crises multiples (écologique, sociale, politique), Mondes post-capitalistes est un anti-dictionnaire composé d’une septantaine d’entrées rédigées par différents auteurs et autrices, qui se propose de tracer des trajectoires hétérogènes afin de réfléchir, de façon non exhaustive, à des modes de pensée et des pratiques de vie hors du capitalisme.
La question du « post » est envisagée en relation avec un capitalisme qui ne se réduit pas à un mode de production économique et social, mais qui tient compte des dimensions existentielles, environnementales, relationnelles et sanitaires.
En retraçant ensemble les héritages du passé, les problématiques du présent et la possibilité de construire encore des futurs habitables et/ou désirables, ce texte approfondit et expose de manière critique des alternatives multiples et parfois conflictuelles face à l’imaginaire monolithique posé par le capitalisme.
“Si l’on doit bien admettre que le futur se construit de manière processuelle, à mesure que les humains tracent leurs chemins, cela n’implique nullement de renoncer à toute possibilité d’anticipation. Car l’anticipation, en tant qu’aspiration à ce qui n’est pas encore, pour reprendre l’expression d’Ernst Bloch, est l’énergie qui pousse à se mettre en chemin et à rompre la domination présente.
Il en découle une autre approche de l’utopie. La texture fragile et incertaine du futur désamorce les rêves d’une société parfaite, définie par avance dans ses moindres aspects et réalisant la paix universelle. Penser le postcapitalisme dans les coordonnées que l’on esquisse ici suppose de récuser une telle conception de l’utopie. Bien des pages de ce livre ont pour objet de déjouer toute idée d’un monde post-capitaliste idéal et figé, notamment en insistant sur les conflits qui ne manqueraient pas d’y émerger et sur son historicité continuée. Mais l’utopie, entendue comme aspiration à ce Pas-Encore qui peut rendre plus heureux, est une force puissante qui pousse à écarter les formes mortes du rapport au futur pour penser autrement l’anticipation postcapitaliste.”
Jérôme Baschet est historien. Longtemps enseignant-chercheur à l’EHESS, il enseigne actuellement à l’Universidad Autónoma de Chiapas, au Mexique. II a consacré de nombreux livres à l’histoire médiévale, mais aussi aux luttes présentes et aux perspectives post-capitalistes, parmi lesquels Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes (La Découverte, 2014, poche, 2016) et La Rébellion zapatiste. Insurrection indienne et résistance planétaire («Champs », Flammarion, nouvelle édition, 2019).
Laurent Jeanpierre, sociologue et politiste, est professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique. (avec Haud Guéguen, La Perspective du possible, La Découverte, 2022), il travaille notamment sur les mouvements sociaux, les révolutions et les alternatives préfigurant des rapports sociaux postcapitalistes. Il a récemment publié Une histoire globale des révolutions (avec Ludivine Bantigny, Quentin Deluermoz, Boris Gobille, Eugénia Palieraki, La Découverte, 2023).