Politique et immensité
Le mercredi 14 décembre 2022 à 19hRencontre autour de Politique & Immensité, Impacts et rétroactes de la première Université d’été des immenses ou Les immenses à votre écoute,
du Syndicat des immenses, sous la direction de Laurent d’Ursel et Nicolas Marion, maelstrÖm ReEvolution, octobre 2022, En présence de Laurent d’Ursel, Daniel Rivet et Grégoire Walleborn
Immense, (acronyme d’Individu dans une Merde Matérielle Enorme mais Non Sans Exigence), est le nom, ni stigmatisant ni réducteur, des personnes en mal-logement ou en non-logement, précédemment appelées SDF, sans-abri, précaires, sans-papiers, etc.
Syndicat des immenses est depuis 2019 en Région de Bruxelles-Capitale le nom d’un syndicat hyper actif, portant la voix, les combats et les revendications des immenses.
Université d’été des immenses est le nom donné au croisement et à l’enrichissement mutuel des expertises d’immenses et d’universitaires, de travailleurs, de travailleuses et de politique, autour de quelques thèmes. Un long travail réflexif précède et suit chaque Université des immenses, lequel passe par la publication d’un livre qui fait le point provisoire sur les thèmes choisis.
Politique et immensité est le titre du livre résultant de la première Université d’été des immenses, qui s’est tenue le 22 octobre 2021 à la VUB. Non content de rendre compte de la richesse de l’évènement, le livre enjoint le lecteur à saisir la balle au bond. D’où son sous-titre : « Les immenses à votre écoute ».
Les 4 thèmes choisis :
- Zéro déchet humain – contre l’économie du gaspillage (humain)
- Pour dire l’immensité, des mots sont à inventer et certains sont à bannir – pour un thésaurus de l’immensité
- La vie rendue invivable – contre la nécropolitique à l’œuvre dans les politiques sociales
- Fêter la Saint-Covid le 13 mars ? – le virus a exacerbé les inégalités et sorti des personnes de la rue
Quelques extraits du livre soulevant des questions que nous traverserons lors de cette soirée, en compagnie de Laurent d’Ursel, secrétaire révocable du Syndicat des Immenses ainsi que de Daniel Rivet et Grégoire Wallenborn :
Les immenses sont aux premières loges de la destruction du vivant. On pourrait même affirmer qu’ils sont les sentinelles de notre système socio-écologique. En écologie, une espèce sentinelle est sensible à certaines transformations qui sont des dégradations. Elles lancent l’alerte si on sait les écouter et les comprendre. Les immenses sont les sentinelles de l’état social face au délitement des conditions socio-écologique : ils montrent, via la fin du mois, qu’ils sont touchés par la fin du monde. Leur horizon temporel est simplement plus court, devant chercher chaque jour à sauvegarder leur existence.
(Les immenses sentinelles de notre système socio-écologique, par G. Wallenborn, p.177)
Car « immense » veut, avant tout, suppléer le manque de diagnostic politique de « sans-abri » : « immense » est un vain mot si on n’y entend pas les revendications afférentes. Dire « immense » et ne plus dire « sans-abri » tiendrait de la cosmétique ou du ravalement de façade si le nouveau vocable n’était pas indexé à une défense des droits des personnes concernées. On ne fait pas du politiquement correct (au sens hypocrite et superficiel du terme) : on lance l’ « immensément pertinent ».
(Les mots : mobilisation générale !, par L. d’Ursel, p.190)
Le propre de l’hypothèse nécropolitique est le postulat que ce genre d’expérience n’est jamais fortuit, mais est, plutôt, le résultat d’une rationalité sociale et politique qui est nécessaire au fonctionnement et à la reproduction du système social dans lequel nous vivons. Dans ce système, il doit exister des populations dont le lot quotidien n’est ni l’extermination pure et simple (le nettoyage ethnique, le génocide, etc.), ni la possibilité, assurée par des dispositifs étatiques, de vie une vie valant la peine d’être vécue, une vie épanouie, mais d’être confronté à un quotidien qui est systématiquement dépouillé de tout ce qui permet à un être humain d’accorder sa confiance au monde et à ses semblables, de sortie à étioler, à petit feu, sa puissance d’agir. Nous pouvons ici penser, outre aux immenses, à toute une panoplie de catégories sociales contemporaines : à commencer par les populations soumises au racisme – et il faut insister sur le fait que le concept de nécropolitique vient précisément des études critiques de la race – jusqu’aux immigrés avec ou sans papiers, vivant dans les conditions de vie qui les déshumanisent de façon systématique.
(La vie rendu invivable ou contre la nécropolitique à l’œuvre dans les politiques sociales, G.Tverdota et N.Marion, p.211)